Présentation de l'éditeur :

Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère - revenu de la Première Guerre mondiale amputé d'une main - dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d'un vallon encaissé que les habitants considèrent comme maudit : rien n'y pousse et les malheurs s'y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tâche de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu'une sorcière. Sa vie bascule lorsqu'elle rencontre au bord de la rivière un mystèrieux inconnu, muet, qui joue divinement de la flûte en argent. L'action va inexorablement glisser de l'émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l'ignorance et à la peur d'une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre. La splendeur de la nature, le silence et la musique apportent un contrepoint sensible à l'intolérance, à la xénophobie et à un patriotisme buté qui tourne à la violence aveugle. 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez.

"Une terre d'ombre" est également disponible en version numérique.

Mon avis :

En ouverture de ce roman, un membre de la Tennessee Valley Authority est envoyé en Caroline du Sud. Son but : effectuer d’ultimes repérages, avant que soit décidé l’ensevelissement d’un vallon proche de la commune de Mars Hill. Mission de routine pour cet homme expérimenté, du moins le pense-t-il, avant de faire, près d’une ferme abandonnée, une bien macabre découverte.

Pour la suite, retour à Mars Hill, des années plus tôt, en pleine Première Guerre mondiale. Nous y faisons la connaissance de Hank et Laurel Shelton, uniques habitants du vallon, une terre considérée maudite par la population voisine. Frère et sœur y partagent la ferme familiale et un sort peu enviable : Hank étant rentré au pays avec une main en moins, tandis que Laurel est rejetée depuis l’enfance à cause d’une simple tâche de naissance.  Une vie que rien ne semble vouloir perturber, jusqu’à l’arrivée, dans le vallon, d’un mystérieux flûtiste muet.

Au delà de cette histoire assez simple en apparence, l’une des grandes forces de « Une terre d’ombre »  tient à ses personnages. Au fil des pages, nous découvrons Hank et Laurel, leur vie, leur caractère et surtout leurs espoirs. Dépeints avec justesse par la plume de Ron Rash, tous deux confèrent à ce texte une grande humanité.

Hank, enrôlé de force et blessé à la guerre, apparaît rapidement comme un homme courageux, ne se plaignant jamais de son sort.  Il semble avoir surmonté bien mieux que d’autres le traumatisme des combats. En effet, malgré la perte de sa main, il a su s’adapter. Modèle d’abnégation, il est bien décidé à prouver qu’il peut entretenir la maison familiale.

De son côté, sa sœur Laurel est, à mon sens, le personnage le plus touchant. Elle aussi, consacre toute son énergie aux travaux domestiques. Elle aussi, rêve d’un avenir meilleur. Seule différence, et de taille : cette marque qui fait d’elle une « sorcière » aux yeux des habitants. Un statut lui donnant parfois l’impression de n’être qu’un fantôme. Naturellement, on souffre pour cette jeune femme qui a déjà tellement perdu, souhaitant qu’elle échappe à cette solitude qui l’angoisse.

Dans une Amérique où règne la peur de l’autre et la suspicion, on se prend donc à espérer le meilleur pour ces personnages. Qu’enfin ils fassent taire leurs fantômes et mentir les  superstitions… Cette « terre d’ombre » est-elle éternellement vouée au malheur ? En réponse, Ron Rash offre un roman dont je garderai, personnellement, un excellent souvenir. D’abord en raison de la poésie qu’il dégage et surtout de ces deux êtres hors du commun. Deux âmes complices qui, en quelques mots ou gestes d’une grande douceur, sont parvenus à m’émouvoir. C’est simple, j’aurais bien voulu rester avec eux. Me perdre dans ces paysages, au moins pour quelques heures de plus… 

 

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